Gérante du Camping de Mars à Cordelle depuis onze ans, présidente Loire de la Fédération Régionale de l’Hôtellerie de Plein Air, et partenaire active de l’ADT dans la structuration de l’offre départementale : Céline Mortet cumule des expertises concrètes et un engagement collectif rare. Portrait d’une professionnelle ancrée dans la Loire, et pleinement mobilisée pour son développement.
Une professionnelle formée au métier
Là où beaucoup de gérants de camping sont issus d’une reconversion, Céline Mortet a choisi ce métier dès le départ : BTS tourisme, licence professionnelle spécialisée en hôtellerie de plein air à La Rochelle, puis premier poste de directrice sur un camping de l’Yonne. En 2015, elle reprend le Camping de Mars à Cordelle – 4 étoiles et 65 emplacements – perché sur les hauteurs des gorges de la Loire, avec vue imprenable sur le plus grand méandre du fleuve.
Ce qu’elle aime dans ce métier, c’est précisément sa diversité : marketing, commercialisation, pricing, accueil multilingue (français, néerlandais, allemands, belges, suisses…), gestion de l’équipe saisonnière, pilotage de travaux, entretien des hébergements et des espaces verts. Autant de compétences qu’elle a développées, et qui font d’elle une référence et une personne ressource pour les autres professionnels du département.
« Dans un petit camping, on touche à tout. C’est ce que j’aime dans ce métier : le côté polyvalent. Et accueillir des gens qui sont en vacances, c’est quelque chose de très agréable. Pour la plupart, les vacances c’est un moment pour lequel on économise toute une année : il faut que ça soit une réussite. »
Onze ans d’évolution maîtrisée
Quand elle reprend le camping, la structure existe déjà. L’objectif n’est pas de tout transformer, mais de faire évoluer l’offre progressivement, sans perdre l’identité du lieu.
- Diversification des hébergements : mobil-homes, chalets, tentes équipées, Coco Sweet, et Wood lodges — ces hébergements toilés avec salle d’eau, cuisine et vue sur le méandre de la Loire.
- Intégration au réseau Flower Campings, qui prend en charge le pricing* et le revenu management, libérant du temps pour la gestion terrain.
- Développement de l’accueil de groupes : cousinades, groupes de motards, mais aussi clubs sportifs (aviron) grâce au partenariat avec la base nautique voisine.
- Rénovation de la piscine en partenariat avec la commune, propriétaire du terrain.
- Création d’un espace spa, d’une brasserie ouverte chaque soir, d’animations pour les familles.
En onze ans, le chiffre d’affaires passe de 120 000 à 360 000 euros.
Cette progression n’a pas été linéaire. Céline Mortet décrit une gestion par cycles : certaines années consacrées aux travaux, d’autres au marketing, en alternance. Une approche pragmatique, adaptée aux contraintes d’un petit établissement.
Maintenir la qualité de ce qui a été construit est aujourd’hui la priorité. Les défis sont multiples : recrutement de saisonniers, incertitudes économiques et géopolitiques qui impactent les réservations du jour au lendemain, et un changement climatique qui s’impose dans le quotidien de l’exploitation. Canicules répétées, orages de grêle qui percent les tentes et abîment le matériel, arbres sans feuilles dès le mois d’août : les impacts sont déjà très concrets. Ce sujet, note-t-elle, « revient de plus en plus dans les échanges avec la fédération ». Des adaptations s’imposent : installation de climatisations dans les hébergements, réflexion sur les variétés d’arbres plus résistantes à la chaleur, anticipation des périodes à risque.
Un engagement au sein de la fédération pour représenter et défendre les campings
En tant que présidente Loire de la Fédération Régionale de l’Hôtellerie de Plein Air, Céline Mortet représente une filière d’hébergement majeure pour notre territoire : les campings représentent 22% des lits marchands dans la Loire. La fédération, syndicat unique de la profession, accompagne les gérants sur des sujets techniques — fiscalité, urbanisme, réglementation, ressources humaines, gestion des risques climatiques — et porte leur voix au niveau national, en dialogue avec l’État.
Dans la Loire, la FRHPA est animée conjointement par Céline Mortet et Julie Jacquier, Directrice territoriale qui est l’interlocutrice directe des campings du département : réponses rapides aux questions du quotidien, orientation vers les bons contacts administratifs, soutien en cas de situation exceptionnelle — y compris sur le volet communication.
Pour Céline Mortet, la fédération joue également un rôle essentiel de mise en relation des professionnels : réunions départementales, rencontres régionales, partages d’expériences. Ces espaces permettent aux exploitants de sortir de l’isolement, d’apprendre des autres et de mesurer que leurs difficultés ne sont pas exceptionnelles.
« Quand on gère un camping, surtout une petite structure, on est souvent seul à prendre les décisions. Pouvoir échanger avec d’autres professionnels qui vivent les mêmes choses — trouver des solutions ensemble, ou juste savoir qu’on n’est pas seul — c’est très important. »
Dans la Loire : un enjeu de professionnalisation de l’offre
La Loire compte un réseau dense de campings municipaux. Pour Céline Mortet, ils représentent un potentiel réel et sous-exploité. La raison ? Un camping demande un suivi à l’année : commercialisation, marketing, entretien, investissement, animation, relation avec les réseaux de distribution. Une continuité difficile à assurer en régie, quand il est difficile d’identifier un interlocuteur hors saison pour répondre au téléphone, faire avancer les travaux ou préparer la saison suivante.
C’est sur ce sujet que la FRHPA travaille aux côtés de Loire Tourisme : organisation de séminaires, dialogue avec des élus communaux pour présenter les différents modèles de gestion et répondre aux questionnements.
Pour Céline Mortet, l’enjeu est aussi économique : plus de campings bien gérés sur le territoire, c’est une offre plus cohérente, une attractivité renforcée et une émulation collective qui bénéficie à tous.
« Il y a de la place pour tout le monde. Plus on aura de campings qui fonctionnent bien, plus on attirera de gens sur le territoire. Ça peut sembler paradoxal, mais je pense que c’est souvent le cas. »
Un camping au service du développement du territoire
Installée dans la Loire depuis plus de dix ans, Céline Mortet observe une évolution réelle du regard porté sur le tourisme. « J’ai vu des élus mesurer ce que le tourisme peut apporter. Ça avance ! »
À Cordelle, le camping participe à une dynamique territoriale plus large autour des activités de pleine nature. Labellisée « Village Sport Nature », la commune s’appuie sur la proximité de la base nautique, avec laquelle le camping collabore pour accueillir des clubs sportifs. Une complémentarité qui diversifie les clientèles et renforce l’attractivité du territoire tout au long de la saison.
Pour conclure, son message est celui d’une professionnelle qui croit dans son territoire et dans ceux qui y travaillent :
« Depuis que je suis arrivée dans la Loire, j’ai vu des élus prendre conscience de l’impact du tourisme sur leur territoire. Moi j’aimerais que ça aille encore plus vite et plus loin. Je suis convaincue que c’est un département qui mérite vraiment d’être connu — et qui satisfait les clients qui y passent. Il faut continuer dans cette dynamique, et proposer encore plus d’offres, en hébergement comme en activités de plein air. »
* Pricing : ajustement des tarifs selon les périodes, la demande et le niveau de réservation, afin d’optimiser à la fois le remplissage et le chiffre d’affaires.



